ou comment nous refusons de nous porter volontaires pour garder les enfants de flics, militaires et matons

Cet article est écrit par deux camarades de SUD Education, qui ont participé à des gardes d’enfants de soignant-e-s ces trois dernières semaines,
en tant que volontaires.

            Depuis plusieurs jours, dans certains départements, notamment de la région parisienne, il est demandé aux enseignant.e.s de se porter volontaires pour garder des enfants de flics, de militaires et de matons. Cette directive concerne maintenant notre département depuis le 1er avril ! Cette injonction pose deux problèmes de taille :

Voulons-nous une gestion sécuritaire de la crise que nous vivons ?

On a vu tout au long des années précédentes les priorités d’investissements qu’a eues le gouvernement. D’un côté, un dispositif policier de plus en plus armé et important, employé à faire taire toutes contestations sociales et de l’autre, une casse des services publics qui s’est traduite par des restrictions budgétaires, une précarisation des secteurs et une privatisation des biens et services. En ce temps de crise, il appartient à l’état d’assumer ses choix et de porter la responsabilité des milliers de morts qui sont la conséquence directe de son capitalisme néolibéral mortifère .

Durant ces jours difficiles pour une grande partie de la population, on va demander aux enseignant.e.s de cautionner une gestion militaire de la crise ! Il faudrait donc libérer du temps aux policier.ère.s et aux militaires pour réprimer les plus précaires d’entre nous (personnes à la rue, personnes contraintes de se rendre au travail sans dérogation de leur employeur, personnes qui n’ont pas d’imprimante ou quelque moyen que ce soit de fournir une attestation de sortie…). Mais qu’iels nous laissent tranquilles et restent confiné.e.s chez eux/elles ! Tout comme les politiques qui n’ont rien de mieux à faire que de mentir délibérément, pour leur profits et au prix de nos vies, comme ils l’ont toujours fait.

Nous refusons une gestion policière de la crise ! Nous ne sommes pas en guerre mais en crise sanitaire. Nous n’avons pas besoin de soldats mais de soins. Mettons plutôt toute notre énergie à soutenir les soignant.e.s, personnel vraiment indispensable pour sauver des vies !

Nous voulons vivre notre confinement sans voir du kaki ou du bleu marine à chaque fois que nous nous penchons à notre fenêtre ! Nous préférons faire confiance au collectif et à l’auto gestion de crise pour respecter les mesures de confinement plutôt que d’encourager la criminalisation des gens qui sortent de chez eux/elles.

C’est pour cela que nous soutenons les enseignant.e.s qui le souhaitent, à se porter volontaires pour la garde d’enfants de soignant.e.s. Pour ce faire, nous exigeons des autorités qu’elles fournissent les protections nécessaires afin de limiter au maximum les risques de contamination.

C’est pour cela que nous appelons à ne pas se porter volontaire pour la garde d’enfants de policier.ère.s ou de militaires afin de faire valoir une de nos revendications : une gestion sanitaire et non sécuritaire de la crise.

Bien sûr, les enfants de ces dernier.ère.s ne sont pas responsables des choix de leurs parents (on ne choisit pas sa famille) mais communiquons par nos actes la gestion de la crise que nous souhaiterions voir choisie ! Une gestion sanitaire, pas policière.D’ailleurs, pourquoi voudrions-nous de ces gens qui tabassent les enseignant.e.s, gazent le personnel médical, maltraitent les Gilets Jaunes, enferment les étudiants… dans nos rues en ces temps où la solidarité est nécessaire et où tou.te.s les précaires payent les choix capitalistes de nos dirigeant.e.s ?

N’y a-t-il que les soignant.e.s et, soi-disant, les flics, militaires et matons qui sont nécessaires à la gestion de cette crise ?

La factrice qui fait sa tournée sans masque, la caissière qui travaille 6 jours par semaines la plupart du temps sans protection, les éboueur.se.s qui passent sous nos fenêtres à 6h du matin, les employé.e.s du BTP, d’Airbus, d’Amazon, etc., forcé.e.s de travailler… Tous ces emplois, la majorité précaires, constituent les postes indispensables à la crise et rien ne leur sont proposés. Et les autres, prolétariat contraint par leur chef d’aller travailler au péril de leur vie, rien ne leur est proposé non plus. Or, ceux-ci et celles-ci n’auraient pas d’enfants à charge ? Pourquoi le gouvernement ne propose-t-il pas des mesures qui permettent que leurs enfants soient gardé.e.s ? La plupart de ces métiers sont indispensables et notre solidarité devrait être entièrement tournée vers eux, et ce depuis le début de la crise !

En tant qu’enseignant.e.s, nous devons agir selon nos principes et accorder notre solidarité envers les personnes dont l’emploi est nécessaire à la traversée de cette crise.

C’est pour cela que nous appelons à imposer aux entreprises non-essentielles (Airbus, Amazon, BTP…) à ne pas mettre en danger leurs personnels en leur permettant de rester chez eux et elles sans retenue sur salaire (comme l’auraient décidé les travailleur.euse.s si ces entreprises étaient auto-gérées, nous en sommes convaincu.e.s).

C’est pour cela, enfin, que nous appelons à mettre en place un système de garde d’enfants pour les emplois indispensables à la traversée de cette crise dans les meilleures conditions possibles : caissier.ère.s, agentes techniques de nettoyages et restauration, administratifs, éboueur.euse.s, emplois alimentaires, facteur.rice.s, etc.

Tous et toutes ensemble, faisons valoir notre vision de la solidarité durant cette crise et agissons  pour le bien commun !

-> écrit à retrouver ici en version .pdf

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