2006 Le CPE

jeudi 27 février 2014
par  gilou

Le CPE

Quand le 19 janvier, le premier ministre annonce sa loi sur l’égalité des chances, on aurait pu croire que tout cela aller passer comme une lettre à La Poste (quoiqu’en ce moment…)
Mais la mobilisation du mouvement étudiant puis lycéen a permis au mouvement de s’installer dans la durée et peu à peu d’obliger les organisations syndicales à se mettre en mouvement.
Enfin, et ce n’est pas le moindre mérite du mouvement des jeunes, il a permis pour la première fois depuis longtemps de reconstruire l’unité syndicale sans exclusive.
Chrono

2 février : première grève et manif sur le CPE (très centrée journée fonction publique)
7 février : grève sur le CPE et manif
9 février : manif étudiante, interpellation de Julien… la Bac commence à sévir, le gouvernement emploie le 49-3
Entre ces dates : manifs les mardi et jeudi des étudiants et lycéens, le mouvement se développe ; la Bac s’agite…
7 mars : grève et manif nationales
16 mars : manif jeunes à laquelle FO, CGT, FSU et Solidaires appellent sans que soient mentionnés les préavis déposés devant le refus de la CFDT…
18 mars : manif le samedi , Cyril de SUD PTT gravement blessé
23 mars : manifestation ,Solidaires appelle à la grève
28 mars : grève et manifestation au niveau national
31 mars : annonce de la promulgation du CPE… et de sa non mise en œuvre
4 avril : manif et grève sur le CPE, reconduite dans certains secteurs le 5…
10 avril : Villepin obligé de reculer !
14 avril : manif contre la répression
L’unité, quelle unité ?
Cette unité au niveau national sera une première. Des organisations non-confédérées, des organisations de lycéens et d’étudiants participeront durant toute la durée du mouvement aux prises de décision.
Si cela avait déjà été le cas dans certaines villes comme à Toulouse, ce ne l’était pas au niveau national.
Par contre les coordinations n’étaient pas invitées au niveau national, alors qu’à Toulouse, après quelques réunions, nous avons réussi à imposer leur présence.
Mais, nous ne devons pas nier que cette unité était en grande partie de façade. Une partie des organisations ne souhaitaient que se refaire une virginité et ne remettaient en cause ni le CNE ni le CPE, ni la loi sur l’égalité des chances, d’autre part, tout le long du mouvement elles ont mis les aéros-freins pour éviter ce qui aurait pu apparaître sinon comme une grève générale, mais, pour le moins, comme une grève interprofessionnelle.
De manière différente, nous nous sommes donc confrontés au même problème qu’en 2003 sur les retraites, un refus global de la grève générale.
Un élément nouveau toutefois. En 2003, un certain nombre de secteurs, même avec retard, avait pu rentrer en lutte. Cela nous avait permis de développer l’idée d’aller plus loin, dans la mesure où, sur certains préavis, le nombre de grévistes permettait de construire quelque chose.
Rien de tel sur ce conflit, où même les jours les plus forts, le nombre de grévistes était largement en dessous de ce qui nous aurait permis de construire autre chose : par exemple, aux PTT, 20% à la poste, 30% aux télécoms au plus fort, ce qui rendait nos appels à la reconductible très peu crédibles !
Si la participation des salariés aux manifs était forte, au moins sur certaines (7 février, 7 et 18 mars ainsi que le 4 avril), le taux de grévistes était faible, et souvent, quand il n’y avait pas le trentième indivisible, le temps de participer à la manif.
On ne peut comprendre cela sans voir le rôle des divers syndicats. La CGC, CFTC… ont suivi sans énergie…La CFDT, comme l’UNSA, ont freiné sur l’extension à autre chose que le CPE, même si sur Toulouse, ils ont accepté d’aller plus loin (inclusion du CNE…). Sur les blocages, tous ont plus ou moins suivi ; FO, très ferme sur les propos et les discours, un peu moins dans l’apparition : peu de présence d’Airbus, par exemple. La CGT a été relativement plus ouverte que ce que nous avions connu, au moins au niveau des UD. Par contre au niveau des entreprises, peu de travail commun et des difficultés sur certaines tâches unitaires comme le SO ou autres. Ils Les cégétistes sont par contre restés présents jusqu’aux derniers blocages. La FSU, comme lors des conflits précédents a toujours été à nos côtés et les relations avec les jeunes se géraient ensemble, les avancées au niveau intersyndical s’appuyaient sur un travail commun.
Sur Toulouse, par contre, on a réussi peu ou prou à radicaliser l’unité syndicale, même si celle-ci s’est effondrée à la fin du mouvement, CGT, FSU et nous, nous retrouvant seuls aux côtés des coordinations lycéennes et étudiantes à la fin du conflit.
Enfin, un truc à remarquer, si l’unité a pu, tant bien que mal se faire au niveau des UD, on ne peut dire qu’elle s’est déclinée au niveau professionnel.

La question des revendications

Un des débats importants qui est apparu pour la première fois, est : quelle(s) revendication(s) porter, la ou lesquelles seront suffisamment porteuses pour enclencher la mobilisation.
Le mouvement s’est, de fait, créé sur un seul mot d’ordre : non au CPE.
Cela était autant dû à la volonté de certaines organisations de ne pas avoir une attitude « radicale » espérant avoir du « négociable », qu’à la difficulté, pour d’autres, de mobiliser sur le « chantier » global qui devenait énorme, d’autant que les ordonnances de juillet étaient passées sans coup férir.
Ce mot d’ordre unique a été un réel catalyseur pour le mouvement et a permis son développement… mais aussi, son épuisement, dès le CPE annulé.
Nous avons, tout le long du conflit, essayé d’élargir la plate-forme. A Toulouse, nous avons obtenu, presque dès le début, à ce que le mot d’ordre soit contre le CPE et le CNE. Y compris, la loi sur l’égalité des chances a pu apparaître sur des tracts unitaires.
Mais, la majorité de la population, y compris manipulée par les médias, s’est focalisée sur le CPE qui est devenu le point clef du mouvement.
Autre problème, même si nous avions participé au mouvement alter-mondialiste et nous étions battus pour le non, de fait le lien entre les mesures du gouvernement et la logique qui les sous-tendait est peu apparu.
Certes, deux tracts du comité 31 du 29 mai ont bien été diffusés, mais ils ont été isolés, et n’ont pas permis de développer toute notre logique dans la suite du mouvement. Le problème d’une alternative reste entier.

La grève générale

Nous avions raison de continuer à affirmer sa nécessité. Mais, comme on l’a dit plus haut, les conditions de sa réalisation apparaissaient encore plus improbables qu’en 2003.
Avancer cette idée, y compris en terme de préavis, prématurément, nous aurait conduit à une logique incantatoire, qui nous envoyait dans le mur.
Si nous comprenions la volonté des étudiants et lycéens d’entraîner les salariés dans le mouvement, si nous devions avancer de manière propagandiste cette idée, il nous faut reconnaître que dans aucun secteur, à part peut être l’éducation nationale, nous n’avions la possibilité de le faire.
Par contre l’idée de « bloquer le pays », développée par SUD PTT au niveau national a été la source du maintien du mouvement étudiant et de sa radicalisation, non dans le sens de la recherche de l’affrontement, style nostalgique 68, mais de l’efficacité économique. Cela est sans doute un des facteurs qui a amené au recul du gouvernement. Quand, de plus, le lien était tissé avant avec les salariés, comme pour la première opération sur les centres de tri, le blocage de l’entrée et sortie du courrier s’effectuait avec l’accord des postiers.
Pour finir, si l’interpro étudiants -salariés n’a pu jouer le même rôle que » no raffaran « en 2003, ceci est essentiellement dû à l’absence réelle de mobilisations chez les salariés. Nous avions raison d’y être, mais son rôle ne pouvait être le même. La non/ou faible mobilisation des salariés explique en grande partie le non dépassement du seul mot d’ordre sur »non au CPE », lutter en quelque sorte pour ce que qui est accessible ou gagnable. L’impossibilité de dépasser nationalement ce mot d’ordre est à rapprocher de la non-généralisation de la grève et de sa transformation en grève générale. 2006 ou 2005, est du point de vue de l’objectif revendiqué une victoire contrairement à 2003.

Un élément nouveau à Toulouse : l’affrontement direct avec « l’ultra-gauche ».
Par ultra-gauche, nous désignons ici la CNT-AIT pour l’essentiel. Leur théorie du moins ce que nous avons pu en comprendre se résumait à vouloir « libérer la jeunesse » de l’emprise des réformistes et des bureaucrates. Sur le terrain, leur technique s’est matérialisée par des tentatives d’isoler les camions sonos des syndicats dans un premier temps et de s’emparer des camions sono des étudiants dans un second temps. La première confrontation a eu lieu rue Alsace-Lorraine au début du mouvement, brève mais violente, on a évité de justesse l’irréparable quant aux objets utilisés
Il y aura une deuxième tentative de blocage de la manif, puis une charge contre le SO unitaire à coup de sacs de farines… Il est incontestable qu’au départ la CNT-AIT avait su capter et organiser les jeunes les plus radicaux, ceux qui pensaient que les solutions politiques passaient avant tout par une dose de baston manif après manif. L’installation de la lutte dans le temps, la séparation politique des facs du Mirail et de Rangueil et le refus majoritaire des jeunes de s’engager dans une logique de violence, d’affrontement avec les flics conduira à l’auto-isolement de la CNT-AIT.

La répression

Ce conflit aura été marqué, dès le début, par un niveau de répression rarement atteint en France. Le rôle de la BAC, y compris au cœur même des manifs, ses nouvelles techniques (repérages d’individus, films, photos, interpellation en fin de manif….), les provocations répétées de la préfecture ont amené, sur tout le territoire, mais aussi à Toulouse, à un nombre d’interpellations, de poursuites et même de blessés impressionnant. La logique sécuritaire a pris du poids, même si au niveau de l’efficacité médiatique, cela s’est plus retourné contre le gouvernement que réussir à asseoir sa légitimité.
Cela demeure un point important de ce conflit qui nous obligera à prendre certaines dispositions.
On a coutume de répéter que tout gouvernement redoute lors des mobilisations de la jeunesse, la bavure. Ce que nous avons constaté à Toulouse semblerait indiquer plutôt l’inverse. Il faut dire que nous avions sur la place de Toulouse, un commissaire totalement incontrôlable qui n’a cessé d’un bout à l’autre du conflit d’envenimer les rapports avec la jeunesse. La première mesure, pas nouvelle en soi, fut l’infiltration des organisations étudiantes par des provocateurs. Le Mirail, historiquement considéré comme le haut lieu de l’agitation, a été infiltré jusqu’en haut de l’organisation de la lutte.
La deuxième mesure a été de tenter d’organiser des dérapages, des violences dans certains rassemblements des étudiants situés entre les journées de mobilisation, donc moins massifs. Cela a presque marché lors du rassemblement contre le MEDEF.
Enfin et c’était le plus spectaculaire, les tentatives d’exfiltration de militant e s présents dans les manifs par la BAC. Nous avions très tôt mis en place un SO qui participait avec l’accord des étudiants e s à toutes les initiatives de ces derniers. Le SO devenait unitaire lors des mobilisations interprofessionnelles.
Enfin devant ces tensions palpables sur la ville et mises en exergue par la presse, l’intersyndicale a rencontré la préfecture, puis le Préfet a proposé un samedi midi une rencontre à la FSU et Solidaires (1+-1) pour faire le point sur les tensions. Scène surréaliste que de se retrouver face au Préfet en bras de chemises, voulant entendre sans nous le demander, notre version sur les tensions sociales à Toulouse. Nous avons chargé au maximum le commissaire, qui dans un dernier face à face avec les étudiants avait profité d’une nouvelle cassure entre Mirail et Rangueil, pour faire mine de sortir son arme face au SO !! Cette entrevue ne changera pas grand chose quant à la suite des évènements, peut-être moins de violence, moins de persécution lors des manifs… jusqu’à l’épisode de la gare où des étudiants qui avaient envahi les voies seront bastonnés par la BAC…jusqu’à l’intervention des gardes mobiles pour les faire cesser ! Quelques uns d’entre nous avons été convaincus dès le début qu‘à Toulouse, tout a été fait pour que ça dérape. De toute évidence, la BAC, à certains moments, obéissait à des logiques qui ne pouvaient déboucher, s’il y avait eu en face une logique forte d’affrontement, que sur de véritables dérapages.
La mobilisation finie, le commissaire disparaîtra de Toulouse.

Nous avons dû tout au long du mouvement accompagner les jeunes pour tenir la BAC à distance, ensuite essayer d’organiser les manifs, notamment en terme de SO…

En guise de conclusion… provisoire

Nous nous sommes arrêtés après le CPE,
Rien n’empêchera d’écrire une suite ultérieurement, mais cela nous semblait, aujourd’hui, le plus judicieux.
Cependant dans la logique des campagnes que nous avions mené : AZF, retraites, sécu, le NON et le CPE menées, à des degrés divers avec les autres syndicats, associations et partis, il nous semble utile de joindre le bilan du référendum sur La Poste et de la campagne unitaire qui a été menée.


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