2003 : les retraites Le démarrage

jeudi 27 février 2014
par  paslaniici

2003 : les retraites le démarrage

Alors que l’on avait à l’époque fait tout un travail d’explication et de mobilisation sur le projet de refondation sociale du MEDEF, alors que, dans le cadre du mouvement contre la mondialisation libérale, nous avions analysé la logique des mesures gouvernementales, nous n’avons, dès les premières annonces de Raffarin-Fillon, que ciblé sur les retraites.
Cette difficulté à donner une cohérence à la globalité de notre intervention renvoie pour une part à l’état de la combativité. L’absence d’avancées significatives sur le terrain social hypothèque grandement la pertinence de la lutte. Ce constat renvoie également à la faiblesse de Solidaires.
Par contre, l’éducation nationale touchée en même temps par les projets de décentralisation et les mesures de Ferry, avait une vision plus globale de ces projets. Mais quand on aligne les retraites, la sécu, la décentralisation, les attaques sur les services publics, les allégements de la pourtant modeste loi de modernisation sociale… c’est bien d’une offensive globale qu’il s’agit, l’élément retraites étant le plus difficile à faire passer car le plus perceptible et le plus prégnant pour le plus grand nombre.
Le 6 janvier, l’ensemble des organisations syndicales, sauf Solidaires (prétexte invoqué : non membre du COR (comité d’orientation des retraites) appelaient à la manif du 1er février. Mais, surtout, la plate-forme adoptée était une plate forme au rabais d’où étaient absentes, notamment, les revendications de 37, 5 annuités pour tous et d’abrogation des mesures Balladur (calcul des retraites du privé sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures précédemment) et des accords AGIRC-ARRCO de 1996, ainsi que le financement par une autre répartition des richesses.

La bataille des 37,5 annuités

Face à la plate-forme des confédérations, relayée par les UD, nous avancions une plate-forme de lutte dont le symbole fort était public-privé, 37,5 pour tous. Après une longue discussion dans Solidaires, nous avons décidé de ne pas signer le communiqué des UD et donc de ne pas être dans la première ligne de la manifestation. Ce choix s’appuyait sur la compréhension que nous avions de la place des 37,5 parmi les salariés. Le choix de la banderole 37,5 très haute et les milliers d’autocollants distribués ont suffit de donner la couleur que nous voulions à cette manif
L’apparition forte à la manif du 1er février (pour la première fois préparée réellement collectivement) a été un élément important pour faire avancer nos revendications. Nos tracts et journaux ont aidé aussi à relayer ces revendications dans nos boîtes.
Au niveau des UD, toute la première phase de ce mouvement a été de faire évoluer la plate-forme sur ces points malgré le freinage accentué de l’UNSA et de CGC et CFTC. La CFDT et la CGT évoluant plus vite.
Sur les communiqués, l’UNSA acceptait 150 trimestres mais pas 37 annuités et demi (sic !).
La banderole de tête, à partir de la grève du 3 avril était devenue correcte… mais sans sigle, l’UNSA ne voulant pas cautionner 37,5.
Toutes les manifs qui eurent lieu à partir de là se feront donc derrière une banderole où figuraient les 37,5, une autre répartition des richesses…
Si nous avons gagné la bataille des 37,5 à Toulouse comme ailleurs, celle-ci a été sans conséquence sur l’orientation de la CGT qui a minimisé d’un bout à l’autre cette revendication. Le refus de s’en emparer signifiait le refus de s’engager dans la grève générale pour l’obtention du retrait du projet Fillon.

Vers la grève générale

Dans l’éducation nationale, après une série de grèves de 24h, une grève continue des surveillants… le projet de décentralisation couplé à celui des retraites allait mettre le feu aux poudres. Dès le 31 mars, plusieurs écoles, collèges et lycées démarraient la grève reconductible.
Les formes d’organisation dont se sont très vite dotés les enseignants (AG, comité de grève, lien avec les parents via la FCPE) vont jouer un rôle prédominant tout le long du mouvement.
Lors de la réunion des UD, nous avions proposé qu’après la manif du 3 avril, une AG d’information ait lieu à la Bourse. Lors de cette AG, quelque peu houleuse, les enseignants ont avancé l’idée de grève générale devant les UD crispées sur « c’est aux organisations syndicales de décider »…
De fait, à partir de ce moment, nous passions de la bataille pour les 37,5 à la bataille pour la grève générale.

Du 3 avril au 25 mai

La logique des confédérations à partir du 1er mai va être de tout faire pour que la grève générale ne démarre pas. Tous les moyens seront bons, des plus musclés comme à la SNCF pour éviter que les cheminots ne rejoignent le mouvement, aux plus subtils comme la logique des temps forts.
Ceux-ci, en effet, au lieu d’être conçus comme des instruments de relance pour permettre à d’autres secteurs ou entreprises de rejoindre le mouvement ont d’emblée été utilisés comme outil d’usure (accumulation de journées de grève sans le poids qu’aurait donné la grève générale) ou comme frein direct (ne partez pas en grève mercredi, y en a une autre jeudi !). En clair, les temps forts ne le sont (forts !) que s’ils sont inclus dans une grève reconductible montante.
Ceci sera d’autant plus évident le 13 mai. Après une des manifestations, tant au niveau toulousain que national, les plus fortes depuis des années, il n’y aura pas d’appel pour le 14, la CFDT parachevant le tout en donnant un coup de couteau dans le dos par sa signature le 15 du texte gouvernemental. Après 1995, ce sera la deuxième fois que la CFDT trahit sur les retraites
Dans ce cadre, l’attitude de Solidaires avait bien pesé les enjeux en appelant à la grève reconductible dès le 6, et de nouveau le 14. Mais, il nous faut reconnaître que notre force, au niveau interpro, et même sur les secteurs où nous sommes bien implantés est loin d’être suffisante, le déficit le plus important étant dans le secteur privé.
Nous avions analysé la manif nationale du 25 comme un enterrement et, dans ce cadre, nous avions minimisé son ampleur à deux niveaux :

- peu avant, nous avions appris le démarrage de la grève sur les transports, ce qui redonnait de l’espoir ;
- même si nous n’avions pas eu tort de relativiser le voyage à Paris, nous avons eu des problèmes sur le choix d’une date correcte pour une manif à Toulouse. La volonté de la plupart des grévistes était de la faire en même temps que Paris, le 25. Par contre, au niveau des UD, et notamment sur pression de la FSU, on avait opté pour le 24, afin de ne pas scinder le pôle pour la grève générale. En effet, la FSU, au moins pour partie, s’était mobilisée énormément sur la montée à Paris. Le tract distribué (peut être prématurément ?), annonçant la proposition du comité de grève, a accéléré le problème : les UD, braquées, ne voulant pas avoir l’air de reculer devant le comité. Ceci dit, en faisant le 24 et en appelant au 25, qui par ailleurs a été plus fort, nous avons pu, tant bien que mal, « sauver les meubles ». Cette journée a par ailleurs été le premier point réel de confrontation entre les UD et la coordination souple, d’autant qu’en cours de manif, les enseignants ont débordé pour être en tête de manif… : Les UD, à part nous et la FSU, ont toujours refuse la tête de manif aux enseignants alors que la tradition du mouvement ouvrier est que les secteurs en lutte soient devant la manif. Mais ce refus s’est accompagné de coups foireux de la CGT (défilé de véhicules edf, équipement…)…

Les UD et la coordination souple**

Les UD parce qu’elles regroupent en leur sein toutes les professions doivent faire la synthèse des propositions et s’appuyer sur les secteurs les plus combatifs pour avancer. C’est comme pour les revendications, on ne s’aligne jamais par le bas.
Le rôle des UD, ou pour le moins, celui qu’elles s’attribuent, est d’être la « permanence » du mouvement ouvrier entre les conflits (ce qui n’est pas faux) et sa direction logique dans l’interpro pendant les conflits (ce qui est plus discutable). Dès le 3 avril, c’est ce qu’elles affirmaient à la bourse, cela a été leur leitmotiv durant tout le conflit.
Ainsi, à chaque réunion des UD, le comité de grève éducation nationale, qui envoyait deux représentants, se voyait signifier son inexistence… et seules les interventions de Solidaires, FSU et, en partie CFDT, évitaient leur exclusion.
Cela n’empêche pas que pendant le conflit, faute de forces suffisantes de Solidaires ou de développement du mouvement, elles étaient le point de passage obligé de toute mobilisation d’ampleur : le blocage de Toulouse le 5 juin en est un exemple.
Notre place, dans ce cadre, était donc de pousser au maximum de ce qu’il était possible de faire tout en évitant la rupture.

Dès le début mai, nous avons discuté d’un contrepoids à l’immobilisme des UD. Le comité de grève de l’éducation en était un, mais il fallait passer au niveau interpro. Un comité de grève central, interpro, était impossible dans la mesure où pour qu’il y ait comité de grève… il faut qu’il y ait des grévistes, ce qui, à part dans l’éducation, était à relativiser. La mise en place d’une coordination souple, comme à Marseille où, suivant leurs termes elle était plus « discutionnelle » que décisionnelle répondait à la situation.
Dans ce cadre, la mise en place de la coordination souple, les initiatives proposées et la sortie d’un journal régulier « no raffaran » était un outil nécessaire à deux niveaux :
-porter la logique de la grève générale et proposer des initiatives-relais pour renforcer le mouvement entre les temps forts ;
-poser les germes d’une logique d’auto-organisation qui, même si faute d’un développement plus important de la grève, n’a pu aboutir, nous servira à la rentrée sociale. Elle a surtout permis de tisser des liens entre secteurs, de proposer des actions qui comblaient le vide sidéral entre les temps forts. La difficulté de « No raffaran » était qu’elle s’appuyait essentiellement sur un secteur, l’éducation nationale. Il y avait certes des militants syndicaux de bon nombre de secteurs, mais à titre personnel et représentant des secteurs faiblement mobilisés : France Télécom, Conseil Général… Les actions intermédiaires que nous voulions organiser entre les temps forts n’étaient pas suffisamment significatives pour avancer sur la grève générale et l’auto-organisation. A cela il faut ajouter qu’une partie de « No raffaran » était polarisée sur la nécessité de rompre avec l’intersyndicale, condition indispensable selon eux du renforcement de l’auto- organisation et de l’idée de grève générale.

Ce que nous n’avions pas saisi à l’époque mais qui va dominer la suite, c’est que cette défaite va avoir des conséquences en profondeur sur le syndicalisme. Nous le verrons très vite en 2003 quand les attaques toucheront la sécu.


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