7 Le vendredi 21 septembre 2001, 10h17’56’’ : explosion à l’AZF.**

jeudi 27 février 2014
par  gilou

21 septembre 2001

Le 21 septembre à 10h17, certains d’entre nous étaient au local syndical à Bagatelle quand les vitres ont volé, l’électricité a été coupée et les gens dans la cité autour criaient, craignant un remake du 11 septembre… mais à Toulouse. La réaction, faute de téléphone, a été de sortir, calmer les gens et voir le nuage de fumée et la pluie d’engrais en provenance d’AZF.
Toute cette année, nous avons été mobilisés dans la défense des sinistrés et des salariés, et Solidaires a pu pour la première fois à l’échelle de l’ensemble de l’agglomération jouer un rôle clef. En même temps, nous avons dû tester à une échelle supérieure, nos idées et valeurs : être salarié et acteur social, être élément moteur dans le mouvement social, intervenir au niveau de la cité et donc de l’environnement, lier syndicalisme dans l’entreprise et dans la cité.

Le vendredi 21 septembre 2001, 10h17’56’’ : explosion à l’AZF.

Dès le dimanche 23 septembre, à 18h, réunion de constitution du collectif unitaire qui allait devenir « Plus Jamais ça ». A l’origine de cette réunion, il y a des militants de Solidaires, de la FSU, des Verts, de la LCR, des Amis de la Terre. Et en même temps se tient dans le quartier de Papus une réunion pour essayer d’organiser les riverains dans un collectif.
La réunion a lieu au local de SUD Services Publics. L’animation de la réunion est confiée à deux personnes “ consensuelles ” (1 FSU et 1 Solidaires). 70 personnes environ y participent, dont beaucoup de sudistes (12 à 14) et “ d’inorganisés ”. Lors de cette réunion, sont décidés la mise en place d’un collectif unitaire, un rassemblement le mardi 25, place du Capitole et une grande manif le samedi 29 septembre.
Suite à cette manifestation, s’est structuré le comité PJCnina (Plus Jamais ça, ni ici ni ailleurs), regroupant des organisations traditionnelles : Solidaires bien sûr mais aussi la FSU, l’UD CGT, la LCR, des Libertaires, les Amis de la terre mais aussi des courants « anti-organisationnels » comme la CNT et des « individus ». Les premiers débats ont créé un climat lourd et un fonctionnement plus que difficile de PJC. C’est en prenant de fait la direction politique, en proposant initiatives et actions que nous avons pu avancer et notamment faire adopter, contre les anti-organisations la plate-forme de PJC.
Nous avons été en première ligne pour prendre les coups car beaucoup de forces politiques et courants d’intérêts ont essayé de prendre la tête de PJC. Ceux qu’on a appelé les « totos du Clandé »* ont d’un bout à l’autre tenté de nous pousser dehors et portent une responsabilité non négligeable dans la non réalisation de l’unité des salariés et des sinistrés. Au tout début, ils mèneront une campagne avec J.P.BATAILLE, pour l’évacuation de la ville, au prétexte que la SNPE restait un danger et qu’il fallait exiger sa fermeture. Enfin l’UD CGT, présente aux réunions, sera contrainte de quitter la salle sous la menace des coups des « Totos »
Le PS a tenté de s’incruster dans PJC, la droite a montré le bout du nez, les avocat-e-s se sont livrés à une belle bataille car il y avait beaucoup d’argent à gagner. Nous n’oublierons jamais S.BISSEUIL, avocate, nous insultant lors d’une AG. Enfin Isabelle RIVIERE, au nom de MOTIVE-E-S est venue elle aussi lors d’une AG demander à la FSU et Solidaires de laisser notre place à des militants de quartiers que personne ne connaissait pour la simple et bonne raison qu’ils n’existaient pas. En ne cédant jamais à ces injonctions, nous avons permis que PJC reste un collectif unitaire, interlocuteur unique des pouvoirs publics et agissant pour la réalisation de la plate-forme revendicative conçue dans la douleur.
De fait, la difficulté majeure de la mise en place de ce collectif était liée certes à la présence de pseudos-inorganisés, à celle de citoyens découvrant le fonctionnement collectif mais aussi à l’absence des organisations traditionnelles syndicales en particulier. Les organisations politiques également déserteront progressivement le terrain
Du coup, les débats, les prises de décision se faisaient dans une confusion incroyable ; les associations de sinistrés n’y trouvaient pas leur place seront moins présentes.

Le mouvement syndical et AZF

Dès le début, Solidaires a réaffirmé sa conception d’être un syndicalisme agissant dans les boîtes et la cité. Notre logique d’un bout à l’autre a été de faire le lien entre les revendications nées de l’explosion, résumées parfaitement dans la plate-forme, et de propositions syndicales pour sortir par le haut de cette catastrophe. Nous nous sommes efforcés de lier les revendications immédiates c’est-à-dire l’aide aux sinistrés en pesant sur les moyens (grève au Conseil Général, à l’hôpital Marchant, mobilisation de plusieurs syndicats autour de ces grèves, la sortie d’un numéro du journal de Solidaires donnant les opinions de plusieurs syndicats confrontés à la catastrophe…) et les revendications à moyen terme : la reconversion des emplois de la chimie pour quelle production et avec quel contrôle citoyen…
Ce travail qui portera ses fruits plus tard, nous l’espérions, a mis sur la place publique deux conceptions du syndicalisme, celle que nous incarnons et qui se refuse à traiter les problèmes par le seul prisme de l’entreprise et celui de l’intersyndicale de la chimie qui raisonne strictement d’un point de vue comptable des emplois, qui ne se pose aucune question sur les productions, qui ne s’aperçoit pas que la société remet en cause un certain type de productivisme et qui au final a scellé un pacte avec le patron d’ AZF. L’intersyndicale de la chimie, qui s’est arc-boutée sur la réouverture du site, mène les salariés dans le mur et se trouvera isolée de la population lors de la bataille contre les licenciements.
Nous avons pourtant tout fait pour éviter cette cassure, organisant des débats où les responsables de la chimie CGT sont venus, ainsi à la salle du Sénéchal où un copain de SUD Chimie Rouen était descendu interpeller les UD… Mais l’intersyndicale Chimie, au nom de la sauvegarde de l’emploi, s’est enferrée dans une logique suicidaire : censure délibérée d’un rapport accablant pour Total qui pèse lourd dans la balance et décrédibilise le CHS-CT. Ce rapport met à mal le discours sur la sécurité absolue à l’intérieur de l’usine pour justifier la reprise des activités. Cette alliance contre-nature de l’intersyndicale chimie avec Total, a rendu impossible toute unité d’action avec les autres salariés a éloigné toute perspective de reconversion et interdit toute discussion avec les riverains.
Nous avons pu, pour notre part, prendre des initiatives avec des salariés des entreprises sinistrées (santé, AFPA, PTT, SEMVAT, ….) et en liaison avec l’Association des Sinistrés du 21/09/2001 pris plusieurs initiatives débouchant sur une charte commune. Des salariés de petites boites, s’estimant mal ou pas représentés par l’absence de syndicats, sont venus à plusieurs de nos réunions : Boulanger, Anconetti…Ces réunions avaient un impact car un soir il a fallu pousser dehors la députée socialiste B. Nakache qui voulait profiter de cette réunion syndicale pour délivrer la bonne parole. .

Un travail de longue haleine

Jamais peut-être depuis la création de Solidaires nous n’avions dû, aussi longtemps, mener un travail de fond aussi fourni, alors que dans le même temps, la vie politique et syndicale continuait. Cela nous a pris des forces énormes : participation à PJC, travail juridique, participation aux débats officiels, préparation des manifs et apparitions (tracts, logistique…)

Tout l’été nous avons dû aussi batailler dans PJC pour l’organisation du 21 septembre 2002 ; premier anniversaire de l’explosion.
Lors de cet « anniversaire » s’est plus que jamais révélée la cassure de la ville en deux : d’un côté les « notables », place du Capitole écoutant l’orchestre de Toulouse avec la mairie, de l’autre les manifestants (PJC, sinistrés, mouvement social…) chantant « N’oubliez jamais », sur un air de Joe Cocker. Entre les deux, des rangées de CRS… Symbolique, non ?
Tout l’après-midi, des débats eurent lieu à la prairie des Filtres, et, là encore Solidaires prit toute sa place dans l’organisation.

Apparition de solidaires :

Il était plus que difficile dans cette période de mener de pair l’ensemble de nos tâches : peser dans le mouvement social en étant présent dans PJC, apparaître en tant que Solidaires et mener notre travail syndical au quotidien dans nos entreprises.
au de l’interpro. Il fallait défendre les collègues sinistrés, pour certains syndicats durement touchés (santé, éducation, AFPA, SEMVAT…), gérer les changements de site et de travail… alors qu’en même temps, nous devions préparer manifs et interventions.
Le choix qui a été fait était de montrer que Solidaires assumait sa part de travail dans le collectif (et même beaucoup plus), ne cherchait pas à se mettre en avant, drapeaux déployés à tout prix, pensant qu’à terme la reconnaissance pour le travail réellement fait se ferait. Pour autant, nous n’avons pas disparu : les autocollants, les militants au Service d’Ordre, à la sono, aux prises de parole… portant les badges Solidaires ou SUD étaient plus que significatifs… et plus utiles à long terme, car montrant notre respect du mouvement de masse. Cependant un article de La Dépêche a mis le feu aux poudres. Un beau matin, nous nous sommes retrouvés en pleine page de ce journal donnant l’impression de tout cadenasser et tout contrôler. Cet article a une histoire. La journaliste de La Dépêche, empêchée d’écouter une réunion d’une des commissions de PJC aux mains des "Totos du Clandé", sous prétexte que la presse était « pourrie », a produit un article vengeur censé mettre en en avant l’autre composante de PJC, ceux que la presse appelait « les historiques ». Cet article a eu beaucoup de retombées positives. Par exemple la Direction de France Télécom, n’a pas lésiné sur les moyens en droit syndical pour permettre de faire le travail. En même temps Robert qui a assuré un temps une permanence au Pigeonnier a à la fois fait le boulot de la mairie pendant les premiers jours, répondre à toute sortes de sollicitations (assurances, avocats aide au logement …) et essuyé des salves d’injures de ceux qui trouvaient que les syndicats n’étaient pas à leur place. Marcel, de SUD Aviation Civile, sera d’un bout à l’autre, suite notamment à sa prise de parole à la première manif, place du Capitole, l’interlocuteur privilégié des médias tant nationaux qu’internationaux, et cela au grand dam de ceux qui voulaient nous chasser de PJC.
Si, à notre création, la priorité absolue à l’apparition (décorum, sonos, initiatives…) était indispensable pour exister, dans cette phase, le problème se posait autrement. Notre but n’était plus d’être à tout prix devant l’écran, au risque d’apparaître comme le plouc qui fait bonjour à la caméra pendant la retransmission d’un match, mais d’apprendre à adapter notre apparition aux objectifs qu’on se donnait à un moment donné. Cela nécessitait plus de réflexion qu’un simple réflexe conditionné.

Être à part entière dans un collectif

Que ce soit lors des réunions du collectif, dans les commissions ou lors des initiatives, nous avons dû avoir une présence importante : on ne peut venir dans ce type de collectif en touriste ou qu’au moment des prises de décision.
Tout au long de ces mois de mobilisation, il y a eu une multitude d’actions, pour réquisitionner des logements Place Esquirol, des manifestations massives, avec des arrêts très émouvants devant la caserne des pompiers… Deux actions méritent d’être contées.
La première a eu lieu au siège d’une assurance dans la zone industrielle de Labège. Pour nous introduire dans les locaux, nous devions entrer avec l’une des employées. Au préalable, il fallait la faire sortir pour pouvoir re- rentrer. Nous nous sommes fait passer pour les services de la voirie de Labège innopole en prétextant une flaque d’huile sous son véhicule pour l’attirer hors des bureaux. Une fois de retour, dès qu’elle ouvrit la porte, nous nous sommes précipités pour rentrer avec elle. Nous avions décidé pour éviter que cela ne ressemble à un hold-up de confier cette tâche à une copine « Pépette » de SUD Services Publics pour à la fois tranquilliser et entrer malgré tout. Nous sommes donc rentrés à une trentaine en criant « ce n’est pas un holdup, c’est AZF ! » L’action largement médiatisée aura un impact sur le traitement des dossiers.
Grâce à un postier, Christian, nous savions que le siège social de Grande Paroisse se trouvait le long de la rocade pas loin du local de Solidaires. Après de longs repérages, nous savions que l’on pouvait pénétrer dans ce local au retour du déjeuner. Mais cette opération, pour éviter tout dérapage avec les salariés d’AZF, devait se faire avec la présence des médias, surtout la TV. Cachés dans l’immeuble, nous avons surgi (nous étions une grosse cinquantaine) au moment où la porte s’ouvrait. Alain de SUD Services Publics, pour empêcher que la porte ne se referme, devra se coucher. Une fois dedans et le calme revenu, nous avons exigé la venue de BICHELIN, patron de Grande Paroisse. Il viendra et une longue discussion s’en suivra notamment avec F. AROUX *et M. LEROUX.* Dehors, des salariés d’AZF nous attendaient, furieux, animés par une forte envie d’en découdre. Ils commettront l’erreur de s’en prendre en premier aux médias. Il n’y aura pas de dialogue, des menaces oui, mais pas de coups.
C’est le travail régulier qui a pu seul asseoir notre crédibilité. Il n’était plus question de “réaliser un bon coup”, mais de travailler sur le long terme, avec la difficulté d’user des militants et d’abandonner d’autres tâches.
Encore une fois, c’est une question d’analyse des potentialités d’un mouvement qui se lance et de la répartition des tâches qui est posé.
*Les Totos du Clandé" groupe d’inspiration plutôt libertaire et se réunissant au Clandé ont tenté de faire de PJC NINA un outil de contestation globale de la société. Anti organisation ils ont vu dans l’ émotion suscitée par l’explosion AZF le moyen de dresser un catalogue de tout ce qu’il fallait détruire et fermer. Mais cette "radicalité" est venue se heurter à la réalité des sinistrés qui eux demandait non pas la fermeture de toutes les usines à risques mais des fenêtres pour leur appartements soufflés"


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